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De jour comme de nuit

La clinique propose de nouveaux modes de prise en charge pour permettre aux patients de garder pied dans la vie quotidienne

Une bouteille d’eau gazeuse dont on ouvre enfin le bouchon, voilà l’image qui apparaît à Sophie (1) lorsqu’elle parle de ce que lui apporte l’hôpital de jour. Souffrant de troubles de l’humeur, elle a intégré il y a quelques mois cette nouvelle structure de la clinique Caradoc.

Déjà hospitalisée par le passé, elle s’est vue proposer cette alternative par le psychiatre qui la suit en libéral, à un moment ou elle se sentait « à la limite d’une hospitalisation. À la maison, on se sent parfois seul et démuni lorsque les difficultés reviennent. Mais je ne voulais pas retourner en hospitalisation. Venir ici deux fois par semaine m’a permis de faire retomber la pression et de redresser la tête. »

Au rythme des patients

Apporter un trait d’union entre hospitalisation et vie quotidienne, tel est l’enjeu de l’hôpital de jour, mis en place depuis mars 2016 à la clinique Caradoc. « L’idée de l’hôpital de jour est de pouvoir mieux accompagner les patients dans leur vie quotidienne. La sortie d’une hospitalisation complète se fait souvent “sans parachute”, alors que la maladie psychiatrique peut isoler, entraîner un repli sur soi et provoquer des rechutes. L’enjeu ici est de mettre tous les moyens en œuvre pour que le patient apprenne à mieux connaître sa pathologie et devienne de moins en moins dépendant de la médecine. En un mot, être écouté, compris et accompagné pour mieux gérer sa vie », explique le docteur Thierry Masse, responsable de cette structure qui vise à éviter ou réduire la durée d’hospitalisation complète. Si le terme « hôpital » s’applique, on en est pourtant loin. Ici, les patients viennent à leur rythme, une ou plusieurs fois par semaine, pour quelques heures ou la journée, en fonction de leurs besoins, définis en amont lors d’une journée d’accueil.

Surtout, l’approche repose essentiellement sur les ateliers individuels et collectifs, qui favorisent la connaissance de soi et les échanges avec les autres. « On part du principe que pour être bien dans sa peau, il faut être bien dans sa tête, sans son corps et dans son environnement. C’est pourquoi, nos ateliers s’articulent autour de quatre axes : l’émotion et la parole, le corps, la créativité et le social », détaille Thierry Masse.

Ateliers autour de l’humeur du jour, relaxation active, théâtre, photo, gymnastique douce, sophrologie, balnéothérapie, cinéma, jardin thérapeutique… L’approche est volontairement vaste. « Pour autant, on n’est pas dans une démarche occupationnelle. Tous les ateliers proposés ont une visée thérapeutique et sont toujours menés avec une double approche, technique et psychiatrique. On essaye de proposer à chaque patient la bonne médiation pour parler de sa pathologie et renouer un échange positif avec lui-même et les autres », précise le psychiatre. Sophie qui suit plusieurs ateliers, le confirme.

« Rien n’est anodin dans les sujets des ateliers. Par exemple, dans l’atelier ciné émotions, le film vu ensemble est un support pour travailler des notions comme la colère, la révolte, l’empathie. On partage nos expériences et nos ressentis avec l’accompagnement d’un professionnel. À mesure que l’on avance, la parole se libère, on commence à échanger, à s’ouvrir aux autres. Cela permet aussi de partir sur des réflexions que l’on approfondit ensuite avec son thérapeute. »

Garder le lien

Autre atout de cette démarche qui mise sur les rapports humains, le regard change. « On ne se sent pas considéré comme un patient mais comme une personne à part entière. Ici, je reprends confiance et je me prouve que je suis capable d’avancer », ajoute Sophie qui a pu reprendre une activité professionnelle à temps choisi.

Car permettre au patient de garder pied avec la vie de tous les jours est bel et bien l’objectif de ces nouvelles approches thérapeutiques que constituent l’hôpital de jour, mais aussi l’hôpital de nuit.

Pour cette seconde option, la visée est la même mais l’approche différente. « Cette structure s’adresse principalement à des patients qui ont des problèmes d’addiction ou des situations de grande fragilité. Le patient quitte la clinique le matin et revient en fin de journée. Les soirées permettent de mettre en place des thérapies de soin, de suivre le traitement médicamenteux mais aussi de lutter contre les angoisses qui sont souvent plus fortes la nuit tombée », explique le docteur Masse.

Le principal atout ? « Garder une activité professionnelle. L’arrêt de travail est souvent difficilement vécu, notamment pour des personnes qui sont très engagées dans leur vie professionnelle ou ont de fortes responsabilités », ajoute le Dr Denis Thène, psychiatre et président de la commission médicale d’établissement de Caradoc.

Dispositif inédit au Pays basque

« L’hôpital de nuit est un dispositif inédit au Pays basque, qui manquait jusqu’à présent », souligne Christiane Duplet. Tout en attendant des retours plus précis des patients, la présidente de l’association des Usagers de Caradoc se félicite déjà de la mise en place de ces nouvelles approches thérapeutiques, prises en charge par l’Assurance-maladie, qui aident les patients à passer le cap difficile du retour à la vie quotidienne. « Les troubles psychiatriques sont encore tabous, alors qu’ils concernent directement ou indirectement de nombreuses personnes. Ces initiatives vont dans le bon sens. »

Emmanuelle Lapeyre

(1) Le prénom a été changé.