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Soigner les maux par l’eau

L’unité d’hydrothérapie et de balnéothérapie apporte un vrai plus dans le traitement des pathologies

Une piscine chauffée à 32 degrés, des cabines de douche à effusion, une baignoire multisensorielle (eau, son et lumière), une autre hydromassante… On pourrait se croire dans l’un des centres de thalassothérapie de la Côte basque. On est pourtant bien au cœur de la clinique Caradoc.

L’établissement psychiatrique a, en effet, profité de son installation dans le château pour créer un plateau technique dédié aux soins de balnéothérapie et d’hydrothérapie. Surprenant ? Pas tant que cela. Car l’utilisation de l’eau apporte de réels bénéfices dans la prise en charge des patients, comme l’explique le psychiatre responsable de cette unité. « Les hypothèses biologiques le confirment, l’eau et l’hydrothérapie agissent sur les endorphines, hormones du plaisir et de la lutte contre le stress et la sérotonine, un neurotransmetteur qui joue un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur, des émotions et du sommeil.»

« En psychiatrie, l’hydrothérapie permet ainsi de calmer l’angoisse, agir sur la douleur et favoriser l’endormissement et la relaxation », ajoute-t-il. Pas question donc de parler de soins de confort ou d’occupation. « La visée est thérapeutique. Les soins sont délivrés sur prescription médicale en fonction de la pathologie du patient et s’inscrivent dans son parcours de soin personnalisé. »

Réalisés par des aides-soignants formés à l’hydrothérapie, ils sont ainsi particulièrement utilisés dans les troubles anxieux, les troubles du sommeil, les états dépressifs légers ou les addictions aux médicaments. Mais pas uniquement.

Car le plateau technique de balnéothérapie offre un excellent outil de médiation dans le traitement des troubles de comportement alimentaire, en particulier l’obésité. Delphine Kerkeno, psychomotricienne, utilise ainsi la piscine de la clinique pour travailler avec ses patientes sur le rapport au corps et au plaisir.

Expérience corporelle

« Dans les troubles alimentaires, le rapport au corps est au cœur de la maladie. Une approche corporelle est essentielle dans le traitement. On va donc rechercher l’expérience corporelle et l’eau facilite cette mise en mouvement, souvent difficile pour des adultes qui ont un rapport contrarié au corps ». Pour ses ateliers collectifs, l’eau agit comme un facilitateur. « D’un point de vue psychique, l’eau est un environnement très maternant, très rassurant, qui enveloppe. Et on se retrouve tous dans le même bain. Côté physique, elle offre de la légèreté, de la liberté et atténue les douleurs physiques ».

Sans compter les barrières qui tombent et les étapes importantes qui se franchissent, comme le fait de se mettre en maillot. « C’était loin d’être évident pour moi, mais ici, il n’y a pas de jugement, pas de regard », témoigne cette patiente qui se rend toutes les semaines en balnéothérapie, dans le cadre d’un traitement de l’obésité. « On se sent en confiance, c’est très important psychologiquement. L’eau me permet de bouger, alors que j’avais des difficultés à marcher. Cela m’apporte beaucoup de bien-être. »

Un bien-être qui est fondamental dans la prise en charge des patients. « C’est d’ailleurs la définition même de la santé : un état de bien-être physique, mental et social », souligne Olivier Amourous, directeur de la clinique. « Pour nous, le progrès médical ne repose pas sur des blocs technologiques, comme par exemple en chirurgie, mais sur l’évolution des pratiques et les nouveaux outils, comme la balnéothérapie. En investissant dans ce plateau, on fait un pari sur l’avenir, en espérant développer et pérenniser de nouvelles bonnes pratiques thérapeutiques. »

Emmanuelle Lapeyre