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Des réponses à l’obésité

A Spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire, ce réseau mise sur l’éducation et les activités collectives pour les patients atteints de surpoids et d’obésité

«Le traitement de l’obésité est souvent pris sous l’angle du traitement somatique, sans prendre en compte le fait que le surpoids et l’obésité relèvent souvent de troubles du comportement alimentaire », explique le docteur Gilles Bibette, coordinateur du réseau Dabanta. C’est en partant de ce constat que ce centre de soins spécialisés dans la prise en charge des troubles alimentaires, créé en 1999 pour accompagner les personnes souffrant d’anorexie et de boulimie, a étendu son champ d’action auprès de patients présentant un surpoids ou une obésité.

L’objectif ? Proposer une prise en charge pluridisciplinaire de l’obésité. Le réseau s’est rapproché du Centre hospitalier de la Côte basque pour proposer une prise en charge concertée, autant médicale que psychologique, sanitaire et sociale. Car si la chirurgie bariatrique a enregistré de forts progrès, « elle n’apporte qu’un élément de réponse. D’une part, parce qu’elle ne concerne que 16 % des cas et, d’autre part, parce qu’elle ne fonctionne que dans le cadre d’une rééducation du comportement alimentaire et d’un suivi de longue durée », constate Gilles Bibette.

Le réseau Dabanta accueille ainsi à la fois des personnes avant et après une opération, mais aussi des personnes qui n’entrent pas dans le cadre chirurgical.

Le pilier de cette démarche repose sur l’éducation thérapeutique. Pas question de parler régime. Les ateliers collectifs menés par une nutritionniste visent plutôt à mieux comprendre son rapport à l’alimentation. « C’est une démarche fondée sur le partage d’expérience où tout le monde, praticien compris, apprend de l’autre. Le travail en petit groupe favorise la prise de confiance du patient, qui se rend compte qu’il n’est pas seul », précise Pauline Etchecopar, ingénieur nutritionniste. Une approche du comportement alimentaire complétée par des activités physiques adaptées, animées par des éducateurs sportifs spécialisés, pour réapprendre à bouger en douceur.

« On n’est pas seul »

Ce programme initial laisse ensuite place à des parcours cousus main pour chaque patient, piochant dans la très large palette d’activités thérapeutiques proposées par le réseau Dabanta : repas thérapeutiques et ateliers du goût pour se recentrer sur ses besoins et réapprendre à distinguer la faim de l’envie, une approche corporelle avec des psychomotriciennes, des activités physiques (gym, aquagym, marche, renforcement musculaire, balnéothérapie), des ateliers d’art-thérapie pour travailler sur la confiance en soi, un atelier mode et couture pour retrouver le plaisir autour d’une garde-robe…

Prescrits en fonction du profil et des besoins de chaque patient, ces ateliers s’inscrivent dans un suivi de long terme, qui reste la clé du traitement de l’obésité. « L’accompagnement est très important car, sans cela, on risque de replonger », témoigne une patiente qui a été suivie avant et après son opération. « On est vraiment très aidés, notamment psychologiquement. Cela fait maintenant un an et demi que je suis dans le réseau, d’autres y sont depuis plusieurs années. On sent qu’on n’est pas seul et qu’on ne nous lâche pas. »

Un lieu pionnier

Si le traitement de l’obésité concerne désormais plus de 80 % des patients pris en charge au sein de Dabanta, le centre de soins continue d’accompagner des personnes atteintes d’anorexie et de boulimie, à la clinique Caradoc pour les adultes et au Centre médico-psycho-pédagogique de Bayonne pour les adolescents. Seule structure pluridisciplinaire en ambulatoire consacrée à ces troubles, le réseau Dabanta accueille des patientes (les jeunes filles et les femmes sont majoritairement touchées) venues de tout le Sud Aquitain. La prise en charge repose sur le même principe que pour l’obésité : des soins associant psychothérapie, suivi psychiatrique et médical, éducation thérapeutique, travail sur le corps, sur l’image de soi et le comportement alimentaire, des thérapies familiales et des ateliers thérapeutiques. « Cette approche multiple est indispensable pour l’anorexie et la boulimie. Cela permet aux patientes de transférer sur plusieurs supports et redévelopper des capacités relationnelles. On ne sait pas vraiment quel atelier fonctionnera le mieux, mais le principal, c’est qu’il y ait un progrès », explique Gilles Bibette. Cette approche originale permet, dans nombre de cas, d’éviter une hospitalisation.

Emmanuelle Lapeyre